La première guerre mondiale à Rhode-Saint-Genèse

Texte écrit par: Marc Hindrijckx

Photo thématique de l'armée belge en 1914.

Sources:

  • Buurten N°2 februari 2014

  • Buurten N°3 maart 2014

  • Geschiedenis van Sint-Genesius-Rode (1960) / Constant Theys

  • Geschiedenis van Sint-Genesius-Rode (1982) / Fernand Vanhemelryck - Urbaan De Becker

  • Onze dorpen en onze soldaten in de Grote Oorlog / Marc Desmedt

Le 23 juillet 1914, le gouvernement Belge annonça la mobilisation partielle et, le 31 juillet, la mobilisation générale. Dans la nuit du 31 juillet, les cloches de l'église de Rhode sonnèrent soudainement et les conscrits des classes 1901-1909 reçurent l'ordre de se présenter immédiatement à leur point de rassemblement militaire.

 

Les soldats n'avaient pas une allure particulièrement virile. La plupart portaient des pantalons usés en lin, un gilet beaucoup trop serré, des chaussures du « dimanche » et des couvre-chefs qui n'offraient aucune protection. L'équipement des soldats a évolué à la fin du second semestre 1915 avec l'adoption de nouveaux uniformes et de casques couleur kaki. Le casque « Adrian » contribua à réduire le nombre de blessures à la tête.

 

Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, la Belgique resta neutre. Cependant, les troupes allemandes occupèrent rapidement le Luxembourg, suscitant l'inquiétude en Belgique quant à une éventuelle attaque Allemande. Ce n'est que le 4 août 1914 que l'armée Allemande envahit la Belgique. La forteresse de Liège, composée d'un complexe circulaire de douze forts à environ huit kilomètres du centre-ville, bloquait leur avancée prévue à travers le nord de la Belgique vers la France.

La bataille de Liège


Le 5 août 1914, les Allemands attaquèrent les forts à l'est de Liège. Jacques Heymans, de la rue Terheyde, et Henri Swalens, de la rue de l’Eglise, furent les premiers habitants de Rhode à perdre la vie le 6 août 1914.

Le 9 août 1914, le conseil communal de Rhode-Saint-Genèse fut convoqué d'urgence par les échevins. Lors d'une réunion secrète, le bourgmestre souligna que plusieurs soldats de la commune avaient rejoint les unités, laissant des femmes et des enfants sans soutien. C'était d'autant plus vrai qu'un grand nombre d'entre eux étaient sans emploi. Si la guerre se prolongeait, la misère serait immense, et pour y remédier, le bourgmestre Van Rossum proposa d’économiser de l'argent, pour le distribuer aux plus démunis lorsque le besoin se ferait sentir.

L'administration communale de Rhode avec le bourgmestre Van Rossum (6e à partir de la droite)

Le 16 août 1914, la forteresse de Liège et les forts autour de Namur se sont rendus. Théodore Figeys fut tué le 13 août, et Prosper Clerens, de la rue Neuve, cinq jours plus tard.


Le 23 août, Jean François Kestemont, de Rhode, garçon-serveur à Dinant, fut exécuté par les Allemands avec 115 autres personnes lors d'une opération de représailles au Mur du Jardin Tschoffen.

Retraite sur Anvers


Le 18 août 1914, le roi décida de retirer l'armée de campagne, qui protégeât la forteresse d'Anvers. Des rumeurs circulèrent également à Rhode selon lesquelles les Allemands captureraient tous les hommes de moins de 50 ans. Une panique générale s'empara de la population, beaucoup d’hommes prirent la fuite. La panique s'apaisa et petit à petit, les hommes épuisés rentrèrent chez eux. Ceux qui, pour une raison ou une autre, étaient restés chez eux jouèrent les héros et se moquèrent de ceux qui avaient fui.


Au cours du mois d'août, 110 réfugiés arrivèrent à Rhode, principalement de Flandre-Occidentale. Ils furent logés dans des maisons vacantes et les habitants leur firent don de biens ménagers. Parmi eux se trouvait la famille de Charles Gryson et Maria Baert, originaires de Geluwe. Le 27 septembre 1919, Albert, le plus jeune de leurs 14 enfants, naquit à Rhode. Après la guerre, ils s'installèrent à Wervik.

Siège d'Anvers


Le siège d'Anvers commença le 28 septembre 1914. Le 5 octobre, les Allemands franchirent la Nete (cours d’eau) près de Lier.


Le matin du 6 octobre, nos soldats furent contraints de se replier vers la ceinture intérieure de la forteresse. Siméon Bilterijst perdit la vie le 6 octobre dans la forêt de Lisp.


Dans l'après-midi du 6 octobre, l'armée de campagne reçut l'ordre de se replier par le Pays de Waas. Les autorités Belges et Britanniques décidèrent conjointement que l'armée de campagne Belge et les troupes Britanniques abandonneraient la forteresse. Environ 33 000 soldats belges, se rendirent aux Pays-Bas pour éviter d'être capturés. Ils y furent désarmés et internés pendant quatre ans.

Soldats de Rhode et Alsemberg en 1914 dans le camp d'internement d'Amersfoort aux Pays-Bas.

Lorsqu'il devint évident que la libération d'Anvers était impossible, le roi Albert décida de replier l'armée Belge jusque dans le Westhoek belge, la région située entre l'Yser et la frontière Française. Le retrait de l'armée belge s'effectua par route et par train. Ce qui restait de l'armée belge atteignit le Westhoek le 14 octobre.

Tranchées sur l'Yser


L’Yser formait la ligne de front et fut le théâtre d'une guerre de tranchées. Les armées Belges et Allemandes étaient retranchées de chaque côté de l’Yser. L’armée Belge put y faire front jusqu'à la fin de la guerre grâce à l'inondation d'une partie de la plaine de l'Yser. Une proposition du juge d'instruction de Furnes, avec la collaboration, entre autres, de Karel Cogge, Hendrik Geeraert, et surtout de Robert Thys, futur habitant de Rhode-Saint-Genèse.

Affiche comémorative située à Nieuport où il est fait mention du capitaine Thys.

Après la guerre, Robert Thys s’installa à l’avenue des Erables à Rhode et devint également propriétaire de la ferme avoisinante de Lansrode, située à l’avenue Sainte-Anne.


Au début de la guerre, il fut d'abord mobilisé dans les fortifications d'Anvers. Il séjourna ensuite sur l'Yser. Il était capitaine dans la compagnie des Sapeurs-Pontonniers du Génie royal, l'un des acteurs clés de la crue de l’Yser de fin 1914 jusqu'à fin 1917. Pour des raisons de santé, il fut muté aux chemins de fer du Congo.

Vue de l'Yser

Robert Thys

En novembre 1914, la guerre de « mouvement » prit fin. Des armées se retranchèrent des deux côtés de l'Yser. La guerre des tranchées allait durer encore trois ans et demi. Pendant quatre ans la quasi-totalité du territoire belge tomba aux mains des forces d'occupation. La Belgique fut gouvernée par un gouverneur général, une administration militaire et une administration civile allemande. Au niveau communal, le Bourgmestre, les échevins et les membres du conseil communal continuaient d'exercer leurs fonctions, mais leur autonomie était, bien entendu, fortement restreinte. La police communale était supervisée par les Kreischefs et était tenue de coopérer avec la police et les troupes allemandes pour maintenir l'ordre.

Les Allemands interdisaient aux habitants de Rhode de quitter leur village. Seule la présentation d'un laissez-passer leur permettait de quitter une zone donnée. Pendant toute la durée de la guerre, les hommes âgés de 17 à 35 ans devaient se présenter mensuellement aux autorités allemandes à la maison communale de Boitsfort.

 

En 1917, la Belgique sembla brièvement vouée à la défaite. Sur le front Belge, le conflit linguistique jeta une ombre sur l'armée belge. Les soldats flamands étaient dirigés par des officiers Wallons francophones et n’avaient aucune possibilité de promotion. Les tombes flamandes étaient d’ailleurs dressées en français. Les soldats flamands formèrent des « communautés » de formation et d'étude. Mais lorsqu’ils furent empêchés par leurs commandants, ils commencèrent à se mutiner. Une fois leur situation stabilisée ils décidèrent de reprendre le combat.


Tout bien considéré, la période de guerre était relativement paisible dans notre commune et région. On y voyait rarement des soldats allemands, et il n'y avait pas de confrontations.

 

Bien sûr, juste avant l'armistice en 1918, les Allemands pillèrent les habitants de Rhode, qui furent en plus contraints de les héberger, de les nourrir et de leur donner des vêtements. Les soldats allemands savaient qu'ils retournaient dans une Allemagne où régnait la faim et le chaos.

Rhodiens qui sont décédés dans le cadre de la guerre

Rhodiens qui ont perdu la vie pendant les quatre années de guerre à l'Yser :

Henri Petit (+21/10/1914), Jean Marchal (+17/10/1914 Beverdijk), François Degreef (+30/10/1914 Ramskapelle), Jean François Tondeur (+21/3/1915 Kaaskerke), Jean Baptiste Peetroons (+27/4/1915 Kaaskerke), Pierre Fabri (+4/10/1915 Kaaskerke), Antoine Mosselmans (+29/6/1916 Kaaskerke), Jacques De Spiegeleer (+29/6/1917 Gijverinkhove)


Rhodiens tués lors de l'offensive finale :

Joseph Wielemans (+28/9/1918 Nieuwpoort), Jean Baptiste Hannaert (29/9/1918 Westrozebeke), François Sermon (+1/10/01918 Moorslede), Pierre Vandergucht (+4/10/1918 Zarren), Jean Baptiste Lonbois (+7/10/1918 Adinkerke), Jean Baptiste Hannon (+16/10/1918 Beveren aan de IJzer), Pierre Michiels (+28/10/1918 Bonsecours / France), Louis Keyaerts (+1/11/1918 Guemps / France), Jean Pierre Maes (+9/11/1918 Sint-Michiels)   

 

Rhodiens morts en tant que prisonniers de guerre en Allemagne :

Jean Baptiste Swaelens (+18/6/1915 Niederzwehren), Jean Baptiste De Bremaeker (+7/51916 Soltau), Jean Baptiste Vandenplasch (+10/6/1917 Bülheim), Pierre Willekens (+29/10/1918 Altengrow)

 

Après l'offensive finale, l'armistice entra en vigueur le 11 novembre 1918 à 11 heures. Toutes les offensives alliées prirent fin. Les Allemands se repliaient vers l'Allemagne.

Les victimes de la première guerre mondiale sur le monument situé sur la place du village de Rhode-Saint-Genèse peuvent être consultées ici:

Rapport du Père Magosse relatif à la paroisse Saint-Genèse après la fin de la guerre


Au début de la guerre, le Père Hermans était curé à Rhode, mais il mourut en 1914.


Le 22 février 1915, le Père Magosse d'Overijse lui succéda. Après la guerre, Magosse rédigea un rapport détaillé sur sa paroisse au cours de la Première Guerre mondiale. À cette époque, à côté de la paroissse Saint-Genèse, seule la paroisse Sainte-Barbe à De Hoek existait. La paroisse du Parvis ne fut fondée qu'en 1930, et celle de Ten Broek en 1952.

Klooster - Gemeentelijke collectie

  • Appels à la Garde civile. Affiches du gouvernement appelant la population au calme. Remise forcée des armes et des munitions. Appels au calme, écrits du Père August Hermans, affichés sur le portail de l'église.

  • Au début, seuls quelques jeunes hommes (cinq) ou de la paroisse se portèrent volontaires. Plus tard, sept autres rejoignirent l'église.

  • Au début de la guerre, la fréquentation des offices religieux était plus importante que d'habitude

    • Les offices religieux ne furent jamais interrompus ni empêchés.
    • Les processions et les pèlerinages ne furent jamais interdits, mais soumis à certaines conditions.
    • La fréquentation des offices baissa régulièrement pendant la guerre. Les paroissiens considéraient le manque de tenue vestimentaire comme une raison suffisante pour ne pas aller à la messe dominicale. Le nombre total de communions augmenta considérablement pendant la guerre. Cependant, en 1917, on constata une baisse inexplicable. Nombre de communions lors des célébrations de messes : 1913 #16150, 1914 #22400, 1915 #26350, 1916 #26750, 1917 #21500, 1918 #25550·

    • Les paroissiens ont souffert pendant la guerre du manque de chaleur et de lumière.

    • Aucun ouvrier de notre paroisse ne fut déporté.

  • Le vicaire Edward Van den Bogaert a servi un temps dans l'armée comme infirmier. Comme de nombreux autres prêtres, il a été libéré de ses fonctions à Ostende en octobre 1914 et est retourné à Rhode (via les Pays-Bas) pour reprendre ses fonctions de vicaire. 
  • 123 paroissiens ont été mobilisés, dont six volontaires. L'un d'eux, le comte Louis de Jonghe d'Ardoye, fils du général, a risqué sa vie pour quitter le territoire occupé et rejoindre ainsi les soldats combattants au front.
  • Un groupe de six facteurs est parti pour la France en janvier 1915. Tous, sauf un, ont été mobilisés plus tard, et l'un d'eux, Frans Michiels, fut tué au combat.
  • Seize soldats de la paroisse ont été tués sur le champ de bataille. Deux sont morts en Allemagne, noyés (?) selon le rapport officiel Allemand. Jean Baptiste Debremaeker à Saltou et Jean Baptiste Vandenplasch à Westphalen.